Thao

Thao, 27 ans, nutritionniste

Thao - portrait

Thao travaille à l’hôpital Ste-Justine, à Montréal, en tant que nutritionniste. Elle tient le blogue La végé d’à côté qui traite de nutrition et de cuisine végétalienne et a contribué au livre Le défi végane 21 jours d’Élise Desaulniers. Elle offre également des consultations privées aux végétariens, aux végétaliens et aux personnes en transition, en plus de donner des conférences auprès du milieu médical et pour le grand public.

  • Depuis quand et comment as-tu commencé à t’intéresser au véganisme?

J’ai toujours été intéressée par l’alimentation, la nutrition et la cuisine en général. On me dit souvent que je suis née pour devenir nutritionniste! Lorsque je suis partie en appartement, mon intérêt pour les aliments m’a poussée à me poser davantage de questions sur leur provenance et, par le fait même, sur mes choix de consommation. Au cours d’un de mes stages en nutrition, nous sommes allés visiter les poulaillers du Poulet du Québec. La visite s’est déroulée en deux parties : la visite des poulaillers suivie par une dégustation d’une dizaine de plats de poulet. L’expérience m’avait énormément perturbée: j’avais du mal à comprendre comment je pouvais trouver les poussins si mignons et attachants pour ensuite les manger. J’avais déjà énormément diminué ma consommation de viande à cette époque et peu de temps après, je suis devenue pesco-végétarienne, alimentation que j’ai adoptée jusqu’à il y a environ un an et demi. La viande a été éliminée de mon alimentation pour des raisons éthiques et j’achetais des produits laitiers et des œufs biologiques. Lors d’une conversation avec une végane, celle-ci m’a dit : « Si tu ne consommes pas de viande pour des raisons éthiques, tu ne devrais pas consommer de lait ni d’œufs. » Son commentaire m’a poussée à effectuer mes recherches sur la question et cela ne m’a pas pris de temps pour éliminer le poisson et les produits laitiers de mon quotidien. Quelques mois plus tard, j’ai cessé de consommer les œufs et le miel.

  • Est-ce que ces nouvelles habitudes ont été faciles à introduire dans ton quotidien?

Oui et non. Comme je suis nutritionniste de formation et passionnée par la cuisine, le changement au niveau alimentation s’est fait (presque) sans embûches. Par contre, j’étais la définition même d’une surconsommatrice: j’adorais magasiner, avoir le plus de linge possible et ma pharmacie débordait de produits de beauté, pour la plupart inutilisés. Depuis ma transition vers le véganisme, je me dirige vers les produits non testés sur les animaux et je tente d’encourager les créations locales.

pain citron et bleuets

Pain citron et bleuets.

  • Que réponds-tu aux gens qui disent que le véganisme est trop compliqué, extrême ou restrictif, et quel préjugé face au véganisme es-tu le plus tannée d’entendre?

Je réponds que tout changement d’habitude est compliqué, mais que le véganisme n’est ni extrême ni restrictif. Je ne comprends pas ce qu’il y a d’extrême dans le refus de contribuer à l’exploitation des animaux.

J’ai souvent de la difficulté à garder mon calme lorsque les gens se moquent de mon alimentation. On me dit régulièrement: « Tu dois manquer de protéines », « C’est normal que tu sois mince, tu ne manges que de la salade » ou « Tu ne sais pas ce que tu manques, le bacon c’est tellement bon ».  Il est vrai qu’un végane qui ne consomme que des pâtes blanches et de la laitue iceberg risque de manquer de nutriments et de trouver sa diète pas mal redondante! Si l’on s’outille adéquatement, il est tout à fait possible d’avoir une alimentation végétalienne saine, variée et appétissante. Il suffit de visiter mon compte Instagram pour en être convaincu!

  • Quelles sont les difficultés à être une nutritionniste végane?

D’abord, on se sent pas mal seule! Les nutritionnistes véganes sont assez rares, surtout au Québec. De plus, les formations crédibles sur le végétalisme sont quasi inexistantes. Il est donc difficile d’avoir un partage de connaissances avec d’autres collègues sur le sujet.

Un autre aspect me pèse parfois est dû au fait que je travaille comme clinicienne dans un centre hospitalier. En tant que professionnelle de la santé, je dois demeurer objective dans mes conseils. J’avoue avoir parfois de la difficulté à demeurer neutre face aux régimes omnivores de mes patients.

  • Comment le végétalisme a-t-il été abordé dans tes cours de nutrition ? Positivement, négativement, ou de manière plutôt neutre?

Le végétalisme a été très peu abordé. On ne nous apprend que la définition des différents types de végétarisme et des risques de carences liés à une alimentation sans viande. Les solutions à ces risques de carences ont été très peu discutées. À mon avis, cette situation est grandement responsable de la réticence des médecins et des professionnels de la santé par rapport au végétalisme.

  • Certains professionnels de la santé associent beaucoup le végétarisme et végétalisme à des troubles alimentaires, en particulier chez les adolescent-e-s. Que penses-tu de cette problématique?

Ils n’ont pas tout à fait tort: la transition vers le végéta*isme chez les adolescents peut être signe d’un trouble de comportement alimentaire. Souvent, ces jeunes vont associer alimentation végéta*ienne à une alimentation plus santé et moins calorique. Par contre, il y a des adolescents qui se dirigent vers une alimentation sans produits animaux par convictions personnelles. Il est important de bien différencier les deux afin de ne pas retarder le diagnostic d’un trouble de comportement alimentaire ou d’empêcher un jeune de respecter ses valeurs.

Thao et Oreo

  • Est-ce que tu crois que tout le monde peut devenir végétalien ou est-ce qu’il y a des exceptions, dans des cas de certaines maladies ou allergies extrêmes?

La majorité de la population peut devenir végétalienne. Par contre, il est vrai que dans certains cas il peut s’avérer plus ardu de ne consommer aucun produit animal tout en maintenant un bon état nutritionnel. On peut, par exemple, penser à une personne allergique au soya, aux légumineuses et aux noix ou à un bébé prématuré avec retard de poids et intolérance au soya chez qui le lait maternel seul ne suffit pas à combler ses besoins. Dans ce cas, il convient de consulter une nutritionniste pour déterminer si on peut adapter l’alimentation végétalienne à la condition de la personne.

  • Parce qu’être végane ne veut pas dire être si différent que ça, qu’est-ce qui te passionne dans la vie?

Thao - KickboxingJ’adore me promener en ville et découvrir de nouveaux petits cafés indépendants, dévorer des bouquins jusqu’à très tard dans la nuit ou popoter en écoutant de la musique. J’écris également beaucoup: des nouvelles, des romans, des textes de tout genre pour me défouler. L’entraînement occupe une place importante dans mon quotidien : je suis accro aux cours de bodypump et de power cardio. Je pratique aussi un peu de kickboxing. Finalement, j’apprécie les soirées entre amis à siroter un bon gin!

  • Quelle(s) ressource fiable(s) conseilles-tu aux véganes qui s’intéressent à la santé et à la nutrition végétalienne?

Il y a énormément d’information disponible sur l’alimentation de nos jours. Malheureusement, il y a également beaucoup de n’importe quoi. Je suggère de toujours vérifier la source de ce qu’on lit et idéalement de se fier davantage sur des articles rédigé par des professionnels de la santé. L’important c’est de garder un esprit critique et de ne pas croire tout ce qu’on trouve.

Voici quelques unes de mes ressources préférées:

Livres :

Sites :

  • Quels seraient tes meilleurs conseils pour quelqu’un qui débute sa transition vers le végétalisme et le véganisme?

D’abord, il est important de changer ses habitudes graduellement et de se donner du temps pour s’adapter afin de maintenir ces changements à long terme. Il faut aussi se pardonner si on se trompe ou triche parfois!

Par la suite, je dirais que la transition est plus facile lorsqu’on « s’imprègne » de ce mode de vie: s’abonner à des blogues sur la cuisine végétalienne et sur l’éthique animale, faire partie des groupes végane sur les réseaux sociaux, échanger avec d’autres véganes.

Finalement, si on a des inquiétudes et des questionnements sur l’équilibre de son alimentation, il ne faut pas hésiter à consulter un nutritionniste (ben oui je prêche pour ma paroisse). Informer son médecin de famille afin d’avoir un suivi de santé adéquat est également conseillé, particulièrement pour les bébés, les enfants et les femmes enceintes ou qui allaitent.

Le point le plus important: garder en tête la raison pour laquelle on souhaite effectuer cette transition et ne pas se décourager si l’on fait face à la réticence de son entourage.


Vous pouvez en découvrir davantage au sujet de Thao et de son travail en visitant son blogue La végé d’à côté, en consultant la section sur la nutrition dans le livre Le défi végane 21 jours et en lisant l’entrevue réalisée pour la revue Châtelaine au sujet de la nutrition végétalienne dans laquelle Thao répond à des questions fréquentes sur l’alimentation, la santé et les carences.

Desaulniers - Défi végane 21 jours

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