Marguerite et Marie-Claude

Marguerite, 9 ans, sportive en pleine croissance
Marie-Claude, 36 ans, traductrice agréée

Marie-Claude et Marguerite 3

Marie-Claude est une militante végane très connue et impliquée dans la région de Québec (voir le portrait fait dans le blogue du Voir en avril 2012). Mais si elle s’est intéressée à la cause animale, c’est avant tout grâce à sa fille Marguerite! Nous vous présentons ainsi notre entrevue sur cette famille inspirante et active.

  • Marguerite, comment as-tu commencé à t’intéresser à ne pas manger d’animaux ?

[Marguerite] Vers l’âge de 5 ans, j’ai demandé à ma maman d’où venait la viande. Elle m’a dit que ça venait des animaux. Je ne savais pas avant que la viande c’était des animaux morts. Je trouvais ça plate de tuer des animaux parce que j’aime les animaux. J’avais un poisson bêta à l’époque et j’ai demandé à ma maman si je pouvais aimer *mon* poisson et aimer *le* poisson. Elle m’a expliqué qu’on ne peut pas faire les deux : aimer un animal et aimer le manger, ce n’est pas du tout le même genre d’amour.

  • Et toi, Marie-Claude, comment as-tu réagi aux questions de Marguerite ? Quels changements cela a apporté dans ta propre vie ?

[Marie-Claude] Quand Marguerite a posé cette question, nous avions déjà commencé à manger moins de viande et à intégrer des repas végétariens. Nous avions fait ce choix pour des raisons de santé, car nous ne mangions pas assez de légumes et nous trouvions que nous ne donnions pas d’assez bonnes habitudes alimentaires à Marguerite. Nous étions de mauvais exemples en matière de bouffe.

Quand j’ai vu qu’elle trouvait ça triste de manger des animaux, j’ai décidé d’accélérer le processus et de tester davantage de recettes végés. J’ai mentionné mon intention dans un statut Facebook et aussitôt, quelqu’un m’a suggéré le blogue d’Isa Chandra Moskowitz, Post Punk Kitchen, alors j’ai décidé de tester surtout des recettes véganes et de ne pas trop passer par le végétarisme. En faisant des recherches sur le Web, j’ai vu qu’il y avait des potlucks véganes organisés à Québec et j’y suis allée pendant plusieurs mois afin d’échanger sur la question et d’aller chercher des trucs et des conseils. Comme je m’intéresse à la philosophie, j’ai aussi lu quelques livres et articles sur l’éthique animale. À la suite de ces lectures, j’ai décidé de devenir moi-même végane pour des raisons éthiques.

  • Comment le papa a-t-il réagi à cette nouvelle ? Est-ce qu’il a encouragé Marguerite ?

[Marie-Claude] Mon conjoint ne pensait pas au début arrêter la viande, seulement la réduire, mais finalement, il trouvait ça plus simple que tout le monde mange la même chose. Et puis l’important, c’est surtout que ça soit bon! Donc pendant quelques mois, Marguerite avait parfois le choix de manger végé ou d’ajouter, comme papa, un produit animal. Le choix était – et demeure – le sien. Je pense qu’en procédant ainsi, nous avons respecté le rythme de chaque personne et fait en sorte que les habitudes sont mieux ancrées, car elles sont le résultat d’un choix personnel qui n’a pas été imposé. Maintenant, tout le monde mange végane à la maison.

  • Marguerite, est-ce que tu trouves que ça te demande beaucoup de sacrifices ou, au contraire, trouves-tu ça amusant et positif ?

Cashew_FR_sm[Marguerite] Je ne trouve pas que ça demande des sacrifices, mais je ne trouve pas ça amusant non plus. Je trouve ça « correct » de manger différemment des autres. Mais je trouve ça positif de ne pas tuer d’animaux quand on peut manger autre chose. J’ai eu de la difficulté à arrêter de boire du lait de vache, je ne trouvais aucun lait végétal que j’aimais. Maintenant, j’aime beaucoup le lait de cajou crémeux de Silk.

[Marie-Claude] Marguerite était végé jusqu’à cette année. Nous mangeons toujours végane à la maison, mais c’est plus compliqué à l’extérieur et je ne voulais pas qu’elle ait à refuser des biscuits ou des gâteaux végétariens cuisinés par des gens de la famille. Mais au cours de la dernière année, elle commence d’elle-même à prendre des décisions vers le véganisme : n’achète plus tel aliment qui contient du fromage, je ne veux plus aller à tel restaurant, je veux arrêter de boire du lait de vache, etc. Je la laisse y aller à son rythme. Elle est donc plus « flexitalienne » que végane vu qu’elle fait encore de rares écarts lorsqu’on sort, mais elle est consciente de ces choix et elle essaie d’elle-même de limiter les occasions où elle n’a pas trop d’options et de prévoir apporter quelque chose quand c’est possible.

  • Questions pour vous deux : quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

[Marie-Claude] Le plus difficile, c’est de manger au restaurant quand on est en vacances ou en visite. Les menus pour adultes n’offrent déjà pas beaucoup d’options, mais les menus pour enfants n’offrent jamais d’options véganes. Souvent, l’option végé est un grilled cheese ou un macaroni au fromage. Elles sont rares, les options véganes qui plaisent aux enfants au resto! De plus, souvent les adultes pensent que Marguerite veut de la viande ou qu’elle aimerait goûter à des plats qui en contiennent. Mais elle n’est pas curieuse de retrouver ces goûts-là et elle se rend compte de l’aspect éthique de ce choix alimentaire. C’est donc un peu frustrant de voir que les adultes ne croient pas que cela puisse être important pour une enfant et qu’ils tentent sans arrêt de la pousser à « goûter à tout ». D’autant plus que c’est en partie à cause de ses questionnements à elle que nous sommes devenus véganes à la maison.

[Marguerite] C’est vraiment difficile de trouver quelque chose à mon goût qui est végane au resto. Ça me fâche un peu des fois. Mais la plupart du temps, chez mes grands-parents et chez mes amies il y a au moins des choix végétariens. Je mange encore parfois végétarien à l’extérieur quand il n’y a pas vraiment d’option végane à mon goût, mais je fais des efforts!

  • Marguerite, comment tes amis à l’école et tes professeurs perçoivent le fait que tu ne manges pas d’animaux ?

[Marguerite] Mes amis me posent souvent des questions. « Qu’est-ce que tu manges? » et « Tu manges juste des légumes, rien d’autre? » Je leur explique que je mange de la végé-viande et des fromages végétaux aussi parfois. Ils demandent aussi pourquoi je ne mange pas d’animaux. Je leur explique que je ne veux pas tuer des animaux juste pour les manger et que de toute façon, je n’aime plus vraiment ça la viande.

  • Marie-Claude, as-tu déjà senti que des gens te jugeaient d’« imposer » un mode de vie à Marguerite ? T’a-t-on déjà reprochée de ne pas l’élever de manière saine et normale ? Que réponds-tu à ces réactions ?

[Marie-Claude] Personne ne m’a jamais fait de commentaires à cet effet. Peut-être que certaines personnes le pensent, mais elles ne m’ont pas fait part de leurs réflexions. Ceci dit, c’est bien perçu en général. D’autant plus qu’en visite, Marguerite mange souvent bien ses légumes. Ça fait changement des enfants qui ne veulent rien savoir des brocolis!

  • Question pour vous deux : quels sont vos plats préférés ?

[Marguerite] Le macaroni au fromage de ma maman, le tofu du général Tao, le karaté de tofu de Germaine la grenouille végétarienne, la lasagne à la sauce blanche au chou-fleur et la pizza aux brocolis et aux choux-fleurs et les biscuits arc-en-ciel.

biscuits en arc-en-ciel

[Marie-Claude] J’ai toujours beaucoup aimé les pâtes alors je dirais ma sauce bolognese aux poivrons ou ma sauce rosée à la vodka. J’avais toutefois une réputation assez impressionnante pour mes desserts avant de devenir végane, alors j’ai testé énormément de recettes sucrées. Cependant, le véganisme m’a amené vers une alimentation plus santé et je cuisine beaucoup moins de desserts qu’avant. Je partage occasionnellement des recettes de desserts en tant que collaboratrice sur le site de Rose Madeleine. J’aime beaucoup les cheesecakes à base de noix de cajou, entre autres.

  • Question pour vous deux : parce qu’être végane ne veut pas dire être si différent que ça, qu’est-ce qui vous passionne dans la vie?

[Marguerite] J’aime beaucoup le sport. Je fais des cours d’escalade et de patin artistique (3 heures par semaine chacun) pendant l’automne et l’hiver. Je fais de la piscine le printemps et l’été. Ce printemps, j’ai aussi fait un cours de judo de 8 semaines avec mon papa qui est ceinture noire. J’ai aussi fait une course de 1 km au mont Ste-Anne vu que ma maman y courait un 6 km. Je suis une boule d’énergie.

Marguerite patineuse

La robe de patinage Marguerite a aussi été cousue de A à Z par Marie-Claude!

Marguerite escalade2


Mes profs d’escalade trouvent que je suis très bonne. J’apprends présentement des techniques de première de cordée et je fais beaucoup de bloc, ce que je préfère maintenant. J’ai fait cinq sorties sur des parois extérieures et je fais une deuxième semaine d’escalade cet été dans un camp, bientôt. J’adore grimper.

[Marie-Claude] Je lis énormément. J’aime beaucoup travailler de mes mains. Par exemple, j’aime bien coudre quand j’ai un peu de temps. D’ailleurs, je couds les robes de patinage artistiques de ma fille. Je dessine aussi et deux de mes œuvres sont présentement exposées à l’Internationale d’art miniature de Lévis. Entre la rénovation de notre maison centenaire et le travail, il ne reste pas tant de temps que ça pour les autres loisirs!

  • Pouvez-vous nous parler d’un ou d’une végane, célèbre ou non, que vous admirez ?

[Marguerite] J’ai l’autographe de Meagan Duhamel, une patineuse artistique végétalienne. Je trouve ça le fun de voir une athlète qui mange végane et qui est forte. Certains me disent parfois à l’école que je ne peux pas être forte parce que je ne mange pas de viande. Quand j’ai dit ça à ma maman, elle m’a montré une vidéo de Patrik Baboumian, qui est un homme fort végane. J’ai trouvé qu’il avait l’air vraiment fort, alors ça ne me dérange plus les commentaires là-dessus. Je sais que je peux faire tous les sports que je veux sans manger d’animaux.

[Marie-Claude] Comme ma fille est super sportive, elle me motive à me remettre en forme moi-même, car sinon, dans quelques années, je ne serai plus capable de la suivre! Puisque je me suis mise à la course, la personnalité végane que je trouve la plus inspirante ces temps-ci est l’ultramarathonien Scott Jurek. Je trouve que les athlètes de haut niveau, peu importe leur discipline, sont d’incroyables ambassadeurs pour briser les mythes associés au véganisme. Que des athlètes de ce calibre arrivent à performer et même à détenir des records en mangeant végétalien montre bien que pour la vaste majorité de la population, c’est possible aussi.

  • Question pour vous deux : avez-vous réussi à sensibiliser des gens dans votre entourage ? Avez-vous des amis véganes ?

[Marguerite] Je n’ai pas d’amis véganes, mais certains de mes amis disent qu’ils mangent moins de viande. Chaque année, je donne un recueil de mes recettes préférées à mon prof pour Noël.

[Marie-Claude] Quand nous avons fait la transition, j’étudiais à l’Université Laval. Comme il n’existait pas d’association étudiante en lien avec le végétarisme, j’ai fondé avec quelques autres étudiants l’Association végétarienne et végétalienne de l’Université Laval (l’AVÉGÉ). J’ose espérer que cette association a pu sensibiliser au moins quelques personnes. Après plusieurs années d’implication, je commence à avoir un bon cercle de connaissances véganes.

  • Marie-Claude, quels seraient tes meilleurs conseils pour une famille dont l’enfant souhaite devenir végétarien ou végétalien ? Et où trouver des informations et des ressources ?

[Marie-Claude] Ça dépend beaucoup de l’âge de l’enfant. Ma fille était en mesure de comprendre certains problèmes éthiques, mais un enfant plus jeune ne se posera pas nécessairement autant de questions.

Je dirais que le meilleur conseil est de ne pas changer toutes les recettes du jour au lendemain. Je recommande d’y aller progressivement, en expliquant les aliments que l’on remplace et le pourquoi, dans des mots qu’ils comprennent. Ici, assez tôt dans le processus, j’ai véganisé des recettes que ma famille aimait beaucoup. Ainsi, on garde quand même les saveurs auxquelles la famille est habituée. C’est normal que l’enfant n’aime pas tout; il y a des recettes que moi non plus, je n’ai pas aimées. Ce n’est pas grave. Il faut se donner le droit à l’erreur. Et il faut aussi se laisser du temps pour apprivoiser les nouvelles saveurs et les nouvelles textures. Certaines recettes qui n’avaient pas été appréciées la première fois sont néanmoins devenues des classiques de famille avec le temps. Enfin, si l’enfant est plus vieux, on peut l’impliquer dans les choix d’aliments et lui faire choisir des produits à essayer à l’épicerie, entre autres.

Je n’ai pas consulté beaucoup de ressources spécifiquement liées au véganisme chez les enfants alors je ne saurais pas trop quoi recommander, autres que les liens déjà fournis plus haut. Au début, ma fille a bien aimé le livre d’Annie Brocoli, G cuisiné, mais c’est un livre végétarien et il y a donc des substitutions à prévoir. Je dirais que les meilleures ressources sont probablement les personnes véganes de notre région, mais il faut faire l’effort de les trouver! Sinon, les groupes et forums (p. ex. sur Facebook, comme Familles véganes du Québec ou La famille végé) sont souvent un bon endroit où trouver de l’inspiration.

Pour les enfants de plus de 8 ans, je recommande le livre suivant qui aborde les questions d’éthique animale : Respecter les animaux à petits pas. Et si les gens veulent des idées de recettes, ils peuvent consulter cette liste sur Facebook qui est une sorte de compilation de nos essais familiaux de recettes les plus probants.

Respecter les animaux à petits pas


Pour les personnes qui s’intéressent à son travail professionnel, Marie-Claude a fait les traductions notables suivantes:

  • L’Isle lettrée, Elya Editions
    Titre original : Ella Minnow Pea, de Mark Dunn.
    Mai 2013 — Roman épistolaire oulipien écrit sous la forme d’un lipogramme progressif.
  • Petit à petits, roman autopublié
    Titre original : Little Changes, de Tiffany Taylor.
    Juillet 2013 — Petite histoire en rimes expliquant le concept de la sélection naturelle aux enfants. Projet sans but lucratif visant à promouvoir la connaissance de l’évolution. Disponible intégralement en ligne dans les deux langues.
  • Cash Cow, Lantern Books
    Titre original : Vache à lait, d’Élise Desaulniers.
    À paraître en septembre — Essai décrivant l’industrie laitière et ses conséquences sur la santé, l’environnement et les animaux.

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