Jean-Jacques

Jean-Jacques, 42 ans, vétérinaire

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  • Pourquoi as-tu décidé d’étudier en médecine vétérinaire?

Pour une seule raison, qui n’a jamais changé depuis mon plus jeune âge et qui est la même que celle qui me motive actuellement et qui m’a fait devenir végane: l’amour des animaux et la conviction qu’ils ont autant le droit que l’humain de vivre une vie heureuse et sans souffrance. Je ne leur fais pas une faveur en me dévouant à leur cause, je ne fais que m’acquitter d’un devoir que j’ai envers eux.

  • Peux-tu nous dire quelques mots sur ton implication pour la cause animale?

Ma première implication sérieuse pour la cause animale date du temps de mes études en médecine vétérinaire au début des années 90. J’ai formé le Groupe pour le Promotion d’un Enseignement Ethique. Ce groupe avait initialement pour objectif d’améliorer les conditions de vie des animaux utilisés dans l’enseignement à la Faculté de médecine vétérinaire. Par exemple, nous avons organisé des activités d’exercices/promenades et de socialisation des chiens de la colonie d’enseignement (qui, autrement, ne sortaient que pour se faire manipuler périodiquement), puis un système de parrainage par les étudiants avec adoption à la fin de leur temps de service. Le GPEE a contribué, par l’élaboration d’un dossier complet déposé à la direction de la Faculté, à l’abolition des exercices chirurgicaux terminaux pour les étudiants en médecine vétérinaires, qui ont été remplacés par des procédures chirurgicales de stérilisation (toujours sous supervision d’un chirurgien et d’un anesthésiologiste) sur des animaux mis en adoption ensuite. Le GPEE a permis d’instaurer un poste de représentant des étudiants du premier cycle au sein du comité d’éthique d’utilisation des animaux, poste que j’ai eu l’honneur d’inaugurer. Le GPEE a accompli plusieurs autres projets qui sont sortis du cadre des animaux d’enseignement de la Faculté, par exemple par des visites dans les écoles pour la sensibilisation des enfants à différentes questions touchant les animaux. Le GPEE a produit un descendant, tout aussi actif, qui s’appelle maintenant le CEBA (Comité Etudiant du Bien-être Animal).

Après la fin de mes études vétérinaires, j’ai fait du bénévolat dans un refuge quelques temps, puis je suis retourné aux études pour ma spécialisation et cette période correspond à un ralentissement au niveau de mon implication. Ce n’est que récemment que j’ai découvert et rejoint des groupes activistes, suite à ma première et tardive manifestation en avril 2014, dans le cadre de l’octroi d’un nouveau statut juridique pour les animaux. Depuis, je participe à différents événements pour la cause animale, j’écris autant que je peux sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser la population à la cause animale et au véganisme et je participe à des entrevues quand l’occasion se présente. Mon travail m’occupe beaucoup, aussi bien au niveau clinique que pédagogique, notamment par le biais de formation continue donnée à mes collègues, comme des conférences. Toutefois, j’ai le sentiment que ce n’est pas la meilleure manière de servir la cause animale et j’ai l’intention de me consacrer davantage à l’activisme et à l’éducation, ce qui implique une diminution de mes activités d’enseignement vétérinaire.

  • Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ton métier?

jeanjacques2Je trouve difficile que la médecine vétérinaire soit étroitement associée aux activités causant de la souffrance physique et psychologique aux animaux et qui vont à l’encontre de la philosophie végane: productions animales, expérimentation animale, etc. La médecine vétérinaire encourage ces secteurs d’activités et de nombreux vétérinaires et technicien(ne)s en santé animale travaillent dans divers secteurs de l’industrie (agro-alimentaire, pharmaceutique, sportive, etc) exploitant les animaux.

Je trouve difficile que de nombreux vétérinaires condamnent les positions véganes qui, selon moi, devraient être le fondement de notre vocation. Ces condamnations, parfois virulentes, ou tout simplement l’absence de sensibilisation et de désir de changer, ont pour conséquence que bien souvent je me sens davantage dans mon milieu au sein d’activistes pour la cause animale que parmi mes propres pairs!

Je trouve difficile que malheureusement le seul point commun qu’aient les vétérinaires et les véganes ce sont leurs deux premières lettres (à quelques trop rares exceptions près).

  •  Selon toi, qu’est-ce que les vétérinaires peuvent faire pour aider la cause animale?

Avant même d’agir, il faudrait que les vétérinaires embrassent cette cause, ou au moins s’y sensibilisent, ce qui n’est pas le cas d’un grand nombre. Une proportion non négligeable des vétérinaires a choisi cette profession (ou au moins continue de l’exercer) pour d’autres raisons que l’amour des animaux. Malgré cela, beaucoup de ceux-ci disent aimer les animaux: selon moi, il faudrait ajuster cette affirmation en disant plutôt qu’ils aiment les chiens, les chats ou encore les chevaux. Je crois que la majorité des vétérinaires a une attitude spéciste et devrait l’abandonner dans un premier temps. Après cela, je crois qu’ils seront dans un contexte favorable pour agir.

Les vétérinaires devraient oser prendre position publiquement, s’impliquer dans les grands dossiers touchant la cause animale au sens le plus large, en mettant de côté l’attitude spéciste qui caractérise encore un grand nombre d’entre eux. Un parfait exemple est le récent sondage que  l’OMVQ (l’Ordre des Médecins Vétérinaires du Québec) a envoyé aux vétérinaires sur leur position relative à l’utilisation des animaux dans les activités de loisirs et de divertissements. L’OMVQ devrait prendre une position plus ferme dans ce dossier sans avoir besoin des résultats de ce sondage. De même, l’OMVQ devrait adopter une position non équivoque dans le dossier du statut juridique des animaux (bien que sa déclaration il y a quelques mois sur la nature sensible des animaux représente une première étape).

  • Que réponds-tu aux gens qui disent que les animaux ne sont pas importants?

Je cite les paroles d’Alphonse de Lamartine: « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas. » J’explique que c’est un sophisme de condamner l’engagement pour la cause animale sous prétexte qu’il refléterait une forme de misanthropie, ou au moins un manque d’empathie envers le genre humain, et qu’il détournerait l’attention et l’énergie des actions visant à améliorer le sort de tant d’êtres humains qui souffrent. Arrêter de s’impliquer dans la cause animale ne fera certainement pas avancer la cause humaine pour autant et en fait, l’humanité bénéficierait du passage au végétalisme. De plus, souvent, ceux qui prétendent qu’il est inutile, voire même indécent, de défendre les droits des animaux, ne s’impliquent pas davantage concrètement pour leurs semblables.

jean-jacques activiste

  • Depuis quand et comment as-tu commencé à t’intéresser au véganisme?

Pour moi, le véganisme a commencé par le végétarisme, au début de mes études vétérinaires il y a une vingtaine d’années. Plus tard, après ma sortie de la Faculté, j’ai commencé à me sentir mal de porter des articles de cuir (chaussures, bracelets de montres, ceintures, étuis d’appareils électroniques, etc). Plus récemment, il y a environ 6 ans, je suis devenu végétalien, après avoir réalisé le « côté obscur » des industries des œufs et du lait, par des articles de revues, des reportages mais aussi en constatant la vie misérable de plusieurs de mes patients, des veaux/génisses et des vaches laitières adultes hospitalisés à la Faculté de médecine vétérinaire.

  • Es-tu plutôt « grano » ou comfort food, et quels sont tes plats préférés?

Je suis végétalien mais je ne suis pas pour autant un adepte de salades de tofu cru et fade ou de galettes de riz! J’aime les plats élaborés, les desserts variés un peu à l’image des plats des omnivores. Je ne tiens pas nécessairement aux imitations parfaites de produits d’origine animale (notamment les imitations de viandes), bien que cela ne me dérange pas d’en manger si l’occasion se présente.

  •  As-tu réussi à sensibiliser des gens dans ton entourage? As-tu des amis véganes?

J’ai plusieurs amis véganes. Quelques personnes dans mon entourage m’ont dit avoir changé leur façon de voir les choses et même avoir modifié leur alimentation suite aux discussions que nous avons eues, sans nécessairement devenir véganes. Mon approche est celle du pacifisme, de la tolérance et de la compréhension. Je dis souvent que l’on ne naît pas végane, cela se développe et nous ne sommes pas tou(te)s rendu(e)s à la même étape de notre cheminement. Si j’avais rencontré des extrémistes « purs et durs » du véganisme il y a plusieurs années, ils m’auraient peut-être condamné alors que je suis végane convaincu à présent. La personne que l’on critique aujourd’hui sera peut-être un grand atout pour la cause demain.

  •  As-tu des conseils à donner à une personne végane souhaitant devenir vétérinaire ou technicien-ne en santé animale?

Cette personne doit s’attendre à passer des moments pénibles dans certains cours et stages qui ne sont clairement pas orientés selon la perspective végane, et même plutôt à l’opposé! Je mets aussi en garde ces personnes contre la désensibilisation progressive qui pourrait les affecter, désensibilisation causée par la normalisation de l’exploitation animale dans l’enseignement, le lavage de cerveau ou l’intimidation face à la « grosse machine » représentée par l’industrie que fait vivre la médecine vétérinaire mais aussi qui fait vivre la médecine vétérinaire.

  • Selon toi, est-ce qu’à long terme les animaux domestiqués devraient continuer à faire partie de nos sociétés ou faudrait-il mieux, pour leur bien, qu’ils ne soient plus parmi nous?

Il est clair que toute relation avec les animaux qui ne leur bénéficie pas et qui leur cause de la souffrance physique et/ou psychologique devrait être bannie. Après cela, à partir du moment où l’être humain et l’animal en tirent un bénéfice mutuel et égal, je ne vois pas de problème, tant que l’être humain garde à l’esprit ces paroles d’Antoine de Saint-Exupéry, immortalisées dans son oeuvre Le Petit Prince: « Tu deviens pour toujours responsable de ce que tu as apprivoisé. »


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