Isis

Isis, 28 ans, auteure et conférencière

Végo par Marigil Pelletier-2

Photo : Marigil Pelletier

Pour Isis, le véganisme n’est que l’implication logique de toutes ses convictions et ses engagements. Elle se définit en tant que « diabétique et joyeuse » et a écrit un livre qui vante les vertus d’une alimentation végétale pour mieux contrôler sa glycémie, en plus de donner des cours de cuisine et des conférences sur le sujet. Elle est également très active sur les questions de décroissance, de durabilité et de santé, et rend le tout accessible via son site web et sa page Facebook.

  • Depuis quand et comment as-tu commencé à t’intéresser au véganisme?

À 11 ans, j’ai entendu parler de végétarisme dans l’autobus scolairelivreisis. C’est à ce moment que j’ai cliqué : pourquoi tuer des animaux si on peut éviter de le faire? Peu après, je suis devenue végétarienne et j’ai boycotté le cuir et les produits qu’on obtient en tuant des animaux.

Pourquoi pas le véganisme? Bonne question. Je crois que je n’ai juste pas réalisé tout ce qu’impliquait la consommation des autres produits animaux. J’ai pris ma décision sans Internet, sans n’avoir jamais rien lu sur l’élevage industriel ou la recherche médicale. Ça m’a pris plus de 10 ans avant de commencer à m’informer sur la question. La vie est vaste, j’étais ailleurs…

C’est la recherche de la santé qui m’a mené vers le véganisme. Le végétalisme d’abord, il y a environ 6 ans, puis le véganisme qui a suivi tout naturellement : effectivement, pourquoi exploiter des animaux si on peut l’éviter?

À la recherche d’une solution pour traiter mon diabète sans médicaments, j’ai consacré des milliers d’heures à l’étude autodidacte des plantes médicinales et de la nutrition. Si le résultat de ces recherches vous intéresse, je vous invite à lire mon cheminement de diabétique.

  • Est-ce que ces nouvelles habitudes ont été faciles à introduire dans ton quotidien?

Côté alimentation, plus que facile, ça a été un soulagement. Je n’aime ni la texture, ni le goût, ni l’idée des produits animaux. Les végétaux goûtent meilleur et sont plus joyeux! Avec en prime le bonheur d’agir en accord avec mes valeurs, d’avoir de meilleures glycémies et, bonus ultime, la fin de mes douleurs menstruelles et de mon asthme. Pour moi, l’alimentation végétale n’a que des avantages.

Côté autres produits aussi. Je me définis plus comme décroissante que végane : je ne suis pas une grande consommatrice. Les produits d’hygiène, c’est facile un coup que tu as trouvé ce qui te plaît. Je ne me maquille pas. Je boycotte le cuir et la fourrure depuis que je suis toute petite alors je n’y pense pas vraiment. Boycotter les médicaments, les zoos et les objets neufs en général est aussi une seconde nature.

Côté vêtements, c’est plus compliqué : j’ai un stock considérable de gilets, bas, tuques, mitaines et foulards en laine que je n’ai pas prévu de jeter. Je les aime… J’en prends soin afin d’augmenter leur durée de vie, et quand ils seront finis, je les remplacerai par d’autres matériaux.

  • Que réponds-tu aux gens qui disent que le véganisme est trop compliqué, extrême ou restrictif, ou quel préjugé face au véganisme es-tu le plus tannée d’entendre?

Tout ce qu’on fait pour la première fois et tout ce qui est marginal est difficile. Apprendre demande des efforts. Bien qu’elles soient plus accessibles que jamais, il manque encore de ressources « mainstream » sur la question. À part de ça, c’est facile, agréable et réaliste. Il faut juste commencer!

Ce qui me dérange, ce sont les affirmations mensongères. Qu’on me dise qu’on n’est pas capable d’adopter le véganisme parce qu’on aime trop le fromage ou les bas de laine, je n’approuve pas, mais je peux comprendre. C’est autre chose d’affirmer que notre constitution ne le supporte pas, ou qu’on ne pourrait pas survivre à l’hiver sinon. Les croyances archaïques, ça va faire! Le savoir et la recherche scientifique n’ont probablement jamais été aussi accessibles qu’aujourd’hui. Qu’on se le tienne pour dit : la terre est ronde, l’humanité est responsable des dérèglements climatiques, et l’homo sapiens n’a pas besoin de produits animaux pour vivre.

  • Es-tu plutôt « grano » ou comfort food, et quels sont tes plats préférés?

J’aime manger à la fois santé et réconfortant. J’aime être bien dans ma peau et ce que je mange influence directement mon bien-être. Du fast food, pas de problème, si je connais et approuve tous les ingrédients. Des salades, OUI, toujours, des graines germées, soit… mais pas fades!

Mes plats préférés ces temps-ci sont les makis, la poutine, toutes sortes de salades, les crêpes au tofu brouillé et légumes, les granolas aux fruits et noix pour déjeuner, les nachos, certains caris indiens, et les sandwiches aux falafels. Le tout maison et biologique.

Nachos

Photo : Clément Courte

  • Peux-tu nous parler d’un ou d’une végane, célèbre ou non, que tu admires, et pourquoi?

J’aimerais parler de la blogueuse Bonzaï Aphrodite, une végane que je ne connais pas du tout mais dont le blogue est inspirant. Je vous invite à lire son article « Facing falling health as a vegan ». Je lis trop souvent des témoignages de personnes anciennement végétariennes ou végétaliennes qui ont réadopté le carnisme « pour des raisons de santé ». Et pourtant, il n’y a rien de mieux pour la santé que le végétalisme! Alors j’ai envie de le crier sur les toits : si vous avez de la difficulté avec votre diète végétale, suivez son exemple. Demandez de l’aide, et n’allez surtout pas croire que vous n’êtes pas fait pour ça!

Aussi, j’en parle souvent, mais je suis sérieusement amoureuse des travaux d’Élise Desaulniers et du Dr. Michael Greger. Le travail de vulgarisation de ce dernier dépasse tout ce que j’ai pu imaginer entreprendre dans ma vie pour rendre mes connaissances en matière de santé accessibles.

  • Parce qu’être végane ne veut pas dire être si différent que ça, qu’est-ce qui te passionne dans la vie?

Le jardinage, la cueillette de fruits, le vélo 4 saisons, l’escalade, la musique, apprendre, les arts. J’avoue ne pas m’autoriser beaucoup de temps libre : je me sens plutôt workaholic depuis que j’ai commencé à militer. Néanmoins, mon amoureux et moi préparons un voyage d’un an en Europe, d’escalade, de vélo et de visites d’éco-villages… avec un.e bébé qui grandit présentement dans mon bedon naissant.

Escalade

Photo : Clément Courte

Vélo

Photo : Clément Courte

  • As-tu réussi à sensibiliser des gens dans ton entourage? Et si oui, as-tu des approches particulières pour intéresser les gens? As-tu des amis véganes?

Grâce au diabète et à mon mode de vie, j’ai inspiré le végétalisme à quelques dizaines de personnes. Le véganisme, peut-être pas encore. J’ai plusieurs ami.e.s véganes (je les ai cherché.e.s!). Je vis en colocation et notre premier critère de colocation est le végétalisme. La recherche de colocs nous amène à aborder le végétalisme et véganisme avec toutes sortes de personnes. J’aime aborder le thème de la santé parce que je le connais fichtrement bien, et promouvoir le véganisme en insistant sur ses aspects accessibles, sympathiques et durables.

Parfois, face à des articles poignants, je craque et je joue la carte de la culpabilisation et des images chocs. Mais ce n’est pas très efficace!

  • Comment vois-tu ta grossesse et l’éducation de votre enfant en tant que végane?

Bonne question! La grossesse est déjà bien entamée, j’en suis à la moitié. Je crois que le véganisme est bien intégré alors je n’ai pas encore eu à me poser de questions à ce propos. Ça se passe super bien, je dois porter une attention toute particulière au contrôle de mes glycémies, et j’ai donc recommencé à m’injecter de l’insuline vers la fin janvier, pour la fin de la grossesse. J’ai d’ailleurs écrit à ce sujet ici.

the everything vegan pregnancy bookJe suis en train de lire quelques livres sur la question, dont The Everything Vegan Pregnancy Book de Reed Mangels. Je cherche encore à (re)mettre la main sur Vegan for Life, que j’avais feuilleté bien avant de m’imaginer devenir maman. Nous sommes aussi membres d’un groupe Facebook appelé Familles véganes du Québec. Cela sera sûrement utile plus d’une fois!

À moyen terme, ce dont nous avons discuté, mon copain Clément et moi, c’est de jouer les cartes franches et d’expliquer nos choix de vie au fur et à mesure que notre enfant grandira et se posera des questions. S’il y a lieu, on va chercher des garderies et des écoles qui offrent des options de nourriture végétalienne comme Les enfants de la Terre à Waterville. Je dis s’il y a lieu, car peut-être que nous déciderons de faire l’école à la maison, dans un écovillage sympathique et ouvert d’esprit. C’est à suivre!

Nous ferons toujours de notre mieux sans pour autant jouer à la police. Pour cuisiner des trucs tellement bons que toustes ses ami.e.s voudront venir manger chez nous. Et discuter en même temps, tout doucement, des implications de nos choix de vie. On ne nait pas parent, on le devient! Le reste suivra.

  • Quelles sont les autres causes qui te touchent?

La première : la durabilité. La préparation à la vie post-pétrole, la revalorisation de la nature et de la simplicité volontaire, l’agriculture biologique, diversifiée et durable. On n’a qu’une planète, c’est notre maison, on ne pourra pas en déménager. Le béton, le pétrole, les bébelles en plastique, les mines à ciel ouvert et le nucléaire ne pourront pas subvenir à nos besoins à long terme. La nature, oui.

Après, toutes les causes qui accordent de l’importance à autrui : l’égalité, l’empathie, le droit aux choix, le droit au bien-être de tous les individus. En d’autres mots, tout l’inverse du sexisme, racisme, spécisme, homophobie, anti-choix, jugements, inégalités sociales et économiques, etc.

  • Quels seraient tes meilleurs conseils pour quelqu’un qui débute sa transition vers le végétalisme et le véganisme?

Se supplémenter en vitamine B12 à l’année, et en vitamine D en hiver. Manger régulièrement des dix groupes alimentaires végétaux. Ne pas tenter de régime restrictif ou « puriste » (crudivore, frugivore, sans soya, sans ci, sans ça…) qui risque d’amener l’impression éventuelle que le végétalisme n’est pas viable.

Fréquenter les forums de discussion de véganes, et participer à des événements, des rencontres, des repas avec des véganes. Faire comme quand on veut en apprendre plus sur un sujet : s’y mettre!

Salade

Photo : Clément Courte

Pour les personnes intéressées à en lire davantage, Isis a également écrit « Le véganisme comme vecteur de cohésion sociale ».

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