Maya

Maya, 22 ans, étudiante à la maîtrise en littératures de langue française

1-IMG_1799 Maya tient le blogue Singeries et boules de riz sur lequel elle partage de magnifiques photos de plats cuisinés, des découvertes et des produits véganes coup de cœur. Elle est également active sur Instagram (@mayamange).

  • Depuis quand et comment as-tu commencé à t’intéresser au véganisme?

Je me suis intéressé au véganisme en 2010 quand j’ai rencontré un végane. À cette époque, je lisais beaucoup Descartes et je remettais en question toutes sortes de choses que j’avais prises pour acquises jusque-là dans ma vie. Je me rendais compte que souvent, j’agissais de façon automatique, posant des gestes inconscients parce qu’ancrés dans l’habitude, et que je ne m’étais jamais vraiment questionné sur l’origine de ces habitudes, qui très souvent, comme je m’en rendais compte, ne relevaient que de l’arbitraire. En rencontrant un végane, j’ai donc été confrontée à l’une de ces habitudes, c’est-à-dire à celle de consommer des animaux — ce que je faisais, à l’époque, presque trois fois par jour, sans jamais me poser de questions. J’ai presque immédiatement choisi d’être végétarienne, le temps de me demander s’il était justifié ou non de manger de la viande, et quand je me suis rendu compte qu’aucun argument rationnel ne pouvait soutenir cette pratique, j’ai décidé de devenir végane, six mois plus tard.

  • Est-ce que ces nouvelles habitudes ont été faciles à introduire dans ton quotidien?

Oui. Arrêter de manger de la viande et des produits d’origine animale est très facile dès qu’on a l’ouverture d’esprit et la motivation nécessaires pour essayer de nouvelles choses. Je crois que si plusieurs omnivores se méfient du mode de vie végane, c’est souvent en raison de l’idée, souvent non fondée, que l’on se fait d’une alimentation exempte de viande et de produits d’origine animale. Elle serait restrictive, incomplète, et surtout, insatisfaisante au goût. Ces préjugés sont renforcés par l’habitude, et l’on se sert souvent de l’argument de la tradition pour légitimer une pratique qui n’est pas forcément moralement justifiable. Je dirais donc que dans certains cas, c’est là le plus difficile dans la transition vers un mode de vie végane : il peut être ardu de briser une habitude. Mais pour ma part, à partir du moment où je me suis rendue compte des conséquences de mon mode de vie non végane, il est devenu tout à fait facile de le changer. J’ai simplement réalisé que je m’étais trompée en agissant d’une certaine façon, et que pour bien agir il fallait que je fasse autrement. Utiliser des produits véganes et non testés sur les animaux est tout à fait aisé, et très souvent, les cosmétiques produits de façon éthique sont faits avec des ingrédients de meilleure qualité qui, au final, sont aussi meilleurs pour nous. Cesser de porter les animaux en guise de vêtements est très facile aussi, et même notre portefeuille en sort gagnant. Enfin, ayant toujours adoré cuisiner, je me suis mise à lire tout plein de blogues de cuisine végétalienne et j’ai découvert que le végétalisme ouvrait un véritable espace de jeu où je pouvais être créative et sortir des sentiers battus. Je n’ai jamais vu le végétalisme comme un sacrifice, j’ai simplement choisi de ne plus consommer d’animaux parce que j’ai cessé de concevoir ces êtres comme des objets de consommation. On a toujours dit que les meilleurs mets sont ceux préparés avec amour et, pour moi, il ne peut y avoir véritablement d’amour que dans un plat ne contenant ni souffrance, ni carcasse!

  • Que réponds-tu aux gens qui disent que le véganisme est trop compliqué, extrême ou restrictif, ou quel préjugé face au véganisme es-tu le plus tannée d’entendre?

Je ne suis plus capable d’entendre que la bouffe végane n’est pas aussi bonne que la bouffe non-végane. Je suis extrêmement gourmande et j’ai toujours adoré manger de la bonne bouffe. J’entends souvent des gens dire qu’ils ne pourraient pas manger que du brocoli pour le restant de leurs jours. À cela, je réponds premièrement que les véganes ne mangent pas que du brocoli, et deuxièmement, que le brocoli peut être absolument savoureux quand il est bien préparé. Il suffit d’essayer. C’est pour cette raison que j’adore cuisiner pour d’autres. Je crois qu’en matière de véganisme, le simple fait de partager de la bonne nourriture peut constituer une forme d’activisme, parce que c’est souvent la peur de ne plus pouvoir bien manger qui freine certaines personnes quand elles sont exposées au végétalisme. Je ne réponds donc rien de précis à ceux qui disent que le véganisme est trop compliqué ou restrictif. Je leur fais plutôt à manger!brocoli

  • Es-tu plutôt « grano » ou comfort food, et quels sont tes plats préférés?

Je suis plutôt comfort food bien que je mangerais une salade de chou vert frisé à tous les jours tellement j’adore le chou vert frisé. Mes plats préférés sont la pizza, le tofu brouillé, la quiche, la soupe tonkinoise, les grilled cheese, les tofu dogs, la lasagne, le baloney végé… Vous voyez le genre!

  • Peux-tu nous parler d’un ou d’une végane, célèbre ou non, que tu admires, et pourquoi?

Isa Chandra Moskowitz est une femme extraordinaire qui, justement, montre continuellement à quel point la cuisine végétalienne peut être simple, amusante, et absolument exquise. J’admire aussi Jasmin et Mariann, les deux animatrices du podcast et de l’émission télévisée Our Hen House, qui dévouent tout leur temps à sensibiliser leur public à la cause animale. Ce sont elles qui m’ont éclairée sur les liens entre le véganisme et le féminisme. Elles posent aussi très souvent la question du bon ou du mauvais activisme végane, débat qui m’intéresse beaucoup et que je crois nécessaire.

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Isa Chandra Moskowitz

  • Parce qu’être végane ne veut pas dire être si différent que ça, qu’est-ce qui te passionne dans la vie?

Forcément, je m’intéresse à la littérature, et plus particulièrement au théâtre. Je prépare d’ailleurs présentement un mémoire de maîtrise sur l’humour au théâtre. J’aime également le cinéma et j’adore aller à des shows de musique. Mais j’écoute aussi beaucoup de mauvaise télévision en mangeant de l’excellente nourriture végétalienne, j’adore explorer les rangées d’épiceries avec des amis, et dernièrement, je suis obsédée par Trivia Crack, bien que je ne réponde correctement aux questions sur le sport que de façon hasardeuse. Ah oui, et je passe beaucoup trop de temps sur Instagram (@mayamange).

  • As-tu réussi à sensibiliser des gens dans ton entourage? As-tu des amis véganes?

J’ai quelques amis véganes que j’ai rencontrés sur la blogosphère québécoise. Je les adore et les salue. C’est toujours un plaisir de se retrouver autour d’une table, que ce soit au restaurant ou pour un repas-partage, et d’échanger sur la bonne nourriture et le véganisme, entre autres choses. Dernièrement, quelques personnes dans mon entourage ont cessé de manger de la viande, et j’aime croire que l’information que je leur ai donnée au sujet du véganisme a été d’une certaine aide. Je crois que la meilleure approche pour sensibiliser des gens dans son entourage, c’est de toujours prendre en compte les intérêts et les réticences d’autrui. Chaque végane que je connais est devenu végane d’une façon différente. C’est justement parce que personne n’est sensible aux mêmes choses qu’il importe d’écouter l’autre plutôt que de lui lancer des informations au hasard en espérant qu’il en soit touché. En ce sens, il peut être pertinent de partager son expérience personnelle en matière de véganisme plutôt que de chercher à changer l’autre immédiatement.

  • Quelles sont les autres causes qui te touchent?

Bien que le véganisme concerne en premier lieu la cause animale, en étant végane, je me positionne aussi bien comme étant contre le spécisme que contre toute forme de racisme et de sexisme (notamment). Forcément, aussi, je m’intéresse aux questions environnementales, et par ailleurs, concernant cela, je crois qu’on ne peut vraiment se dire environnementaliste sans d’abord être végane.

  • Quels seraient tes meilleurs conseils pour quelqu’un qui débute sa transition vers le végétalisme et le véganisme?

Je dirais que l’important est de ne pas se mettre trop de pression et de s’amuser. La transition vers un mode de vie végane est l’occasion de faire toutes sortes de belles découvertes!

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