Charles

Charles, 31 ans, co-fondateur d’Antidote Superalimentation

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Charles réussit à sensibiliser tous les jours de nombreuses personnes au véganisme grâce aux conversations avec des client-e-s à sa boutique Antidote, une épicerie entièrement végane. Il a également réalisé une mini-série sur l’éthique animale ainsi qu’un projet-pilote d’une émission culinaire végétalienne.

  • Depuis quand et comment as-tu commencé à t’intéresser au véganisme?

Ça fait un peu plus de 3 ans que je suis végane. Je l’ai fait du jour au lendemain, ça a été un choc de conscience sur mon mode de vie en lien avec mes valeurs les plus profondes. J’avais déjà été végétarien il y a plus de 8 ans, après avoir vu une vidéo de PETA sur l’élevage de poulet pour la chaîne de restauration rapide KFC. À ce moment-là, je n’avais aucune idée que le véganisme existait et que ma consommation de produits laitiers et d’œufs entraînait encore de la souffrance et de la mort inutiles. Je l’ai été pendant 1 an et demi, mais un ami proche de moi, qui était très convaincant, avait fini par me convaincre de recommencer à manger de la viande à coups de sophismes comme « les Hommes des cavernes ont pu développer leur intelligence grâce à la fabrication d’armes pour chasser, donc nous sommes faits pour manger de la viande ».

Je n’avais pas poussé plus loin mon questionnement à ce moment-là, mais pourtant, j’avais un malaise face à ma consommation. Puis avec le temps, je me suis mis à m’intéresser à la cuisine et c’est devenu une vraie passion. On m’a présenté le livre de Crudessence et on m’a donné un craquelin cru. Ça m’a complètement dérouté. J’ai eu envie de faire toutes les recettes du livre et je découvrais alors le végétalisme en même temps que le véganisme. J’ai donc été crudivore pendant les 4 premiers mois. J’ai perdu les 30 livres que j’avais en trop et mon énergie mentale et physique n’était pas comparable avec mon ancien mode de vie. Comme on dit, j’ai fait la connexion.

  • Est-ce que ces nouvelles habitudes ont été faciles à introduire dans ton quotidien?

Mes nouvelles habitudes ont été assez faciles à introduire, car je suis quelqu’un d’assez intense dans la vie et quand je me passionne pour quelque chose, j’y vais à fond. Je suis devenu boulimique de livres de cuisine et donc, j’ai rapidement intégré les nouvelles techniques culinaires dans mon quotidien. J’ai vendu des équipements photos qui traînaient chez moi pour m’acheter un extracteur à jus, un blender et un déshydrateur. Ce que j’ai trouvé plus difficile, c’est d’essayer de jongler avec ma nouvelle alimentation quand je sortais avec des amis au restaurant. Comme le véganisme était devenu pour moi une évidence (et selon moi, la moindre des choses que l’on puisse faire pour la planète et les animaux), j’étais toujours en train d’argumenter de manière assez féroce avec mon entourage et sur les réseaux sociaux. Ça me prenait beaucoup d’énergie et j’ai vécu une légère dépression face aux réactions hostiles. Avec le temps, j’ai appris à tempérer mon discours et mon état d’esprit et j’ai beaucoup appris sur la manière d’aborder le véganisme avec mon entourage et les gens que je rencontre.

  • Que réponds-tu aux gens qui disent que le véganisme est trop compliqué, extrême ou restrictif, ou quel préjugé face au véganisme es-tu le plus tanné d’entendre?

Tout d’abord, ça me fait toujours rire quand on dit que le véganisme est « extrême ». C’est une question de perspective et dans ce cas-ci, la perspective de ce qui est extrême est totalement désaxée. Si on prend une minute pour penser à ce que l’exploitation animale cause à l’environnement, ce qui est extrême prend une autre tournure. Quand on pense aux 60 milliards d’animaux terrestres tués simplement pour un simple plaisir gustatif, on repassera pour ce qui est extrême!

Le véganisme est malheureusement mal compris et beaucoup de gens ont des préjugés envers ce mode de vie. Nous vivons dans une société spéciste où la viande est célébrée et est signe de richesse et d’abondance, où porter de la fourrure est signe de mode et où voir des dauphins en captivité dans un aquarium est un divertissement comme un autre. L’exploitation animale est omniprésente dans nos vies et nous avons été éduqués à l’intérieur de ce système spéciste. C’est compréhensible que certaines personnes réagissent face au véganisme qui est à l’opposé complètement du système dans lequel nous avons appris à vivre pour se nourrir, s’habiller et se divertir. Les gens doivent surtout comprendre que le véganisme n’est pas restrictif. C’est plutôt un changement de paradigme en ce qui concerne nos choix de consommation. D’ailleurs, on ne manque de rien. Il y a malheureusement une mauvaise compréhension des gens face à l’alimentation végétalienne. C’est surtout ça qui m’agace quand on prétend que les végétaliens se limitent. Je ne connais aucun végétalien qui est limité dans son alimentation, voire la plupart d’entre eux que je connais (et je m’inclus là-dedans) mange beaucoup plus varié qu’auparavant et cuisinent davantage.

  • Es-tu plutôt « grano » ou comfort food, et quels sont chucktes plats préférés?

J’oscille entre les deux. Le matin et le midi, je suis plutôt « grano » (je n’aime tellement pas ce terme!) et le soir davantage comfort food. Le matin, c’est principalement un smoothie vert avec un bol de granola, et le midi, une salade repas avec du kale, des légumineuses ou du quinoa. Je suis un fervent amateur de bouffe mexicaine, alors tout ce qui est chili, pico de gallo, trempettes aux fèves noires, ça me fait tripper. J’aime beaucoup les curry indiens également et la nourriture asiatique, comme les soupes miso avec des grosses nouilles udon et des bok choy. Sinon, mon classique est de me faire un bol dragon avec ce que j’ai dans le frigo.

  • Peux-tu nous parler d’un ou d’une végane, célèbre ou non, que tu admires, et pourquoi?

Il y a plusieurs personnes que j’admire en fait! En premier lieu, je dirais Carl Saucier-Bouffard, professeur d’éthique animale et environnementale au Collège Dawson. C’est quelqu’un d’extrêmement dévoué envers ses élèves et à la cause animale. J’ai eu la chance d’écrire et de tourner une mini-série web portant sur l’éthique animale avec lui et ça été une expérience des plus enrichissantes. C’est un vulgarisateur hors pair et plusieurs de ses étudiants (dont il change la vie) lui sont reconnaissants. J’en rencontre fréquemment ici, chez Antidote, et ils sont tous unanimes face à son dévouement et à sa manière d’enseigner. Il accompagne ses élèves qui font la transition vers le véganisme et donc, ça lui demande un temps fou, sans parler de tout ce qu’il fait à l’extérieur de ses cours pour aider la cause animale.

Ensuite, il y a Anne-Marie Roy qui est l’une des seules nutritionnistes au Québec à promouvoir l’alimentation végétalienne. C’est la personne la mieux placée pour défaire tous les préjugés entourant le végétalisme. Anne-Marie, c’est une passionnée! Assistez à l’une de ses conférences et je vous mets au défi de ne pas tomber en amour avec elle! C’est une personne intense qui sait comment simplifier la nutrition et vous faire comprendre des principes qui, par après, vous paraissent comme des évidences.

Enfin, je dirais Élise Desaulniers. Elle ose constamment se mettre dans la gueule du lion en allant débattre de véganisme à la télé, à la radio ou dans les journaux et revues. Ça prend du cran et une belle force de caractère pour prendre position de la sorte dans les médias. Ça prenait aussi de l’audace pour sortir un livre comme Vache à lait qui remet en question l’industrie laitière au Québec. Elle est inspirante et donne une voix au véganisme.

  • Parce qu’être végane ne veut pas dire être si différent que ça, qu’est-ce qui te passionne dans la vie?

Avant de fonder Antidote, je travaillais dans le domaine de la télé et du web comme réalisateur, monteur et caméraman. Donc tout ce qui touche à l’image me passionne. J’adore faire de la photo, principalement du portrait, et le cinéma. Je suis également guitariste. Je n’ai plus de band (faute de temps), mais je suis un mordu de musique. J’aime en jouer, mais j’aime surtout en écouter. J’ai une petite collection de vinyles et j’aime m’installer devant mon système de son pour prendre le temps d’écouter un album. Enfin, j’aime beaucoup lire. C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai recommencé à faire dernièrement. Y’a des moments où je vais me taper plusieurs livres un à la suite de l’autre, pour ensuite être des mois sans rien lire. C’est tout ou rien avec la lecture!

  • As-tu réussi à sensibiliser des gens dans ton entourage? As-tu des amis véganes?

Oui, j’ai sensiblisé beaucoup de personnes dans mon entourage, à commencer par mon père que j’ai convaincu de faire la Clinique Renversante d’Anne-Marie Roy. Il a changé son alimentation et a vu son cholestérol baisser et il ne fait plus de haute-pression, ce qui est extraordinaire. Ma mère a diminué de beaucoup sa consommation de viande et commence à explorer des recettes végétaliennes. J’ai deux amis(es) que j’ai également sensibilisés et qui sont devenus véganes. Ensuite, de leur côté, ils ont sensibilisé d’autres amis qui le sont par la suite devenu! Enfin, j’ai quelques clients(tes) qui ont fait la transition au véganisme à force de venir discuter avec moi. Antidote, c’est pour moi une manière de faire de l’activisme à tous les jours.

  • Quelles sont les autres causes qui te touchent?

La cause des sans-abris me touche beaucoup. Avec Élise, mon associée, nous allons fréquemment porter les repas du jour non vendus aux sans-abri dans Hochelaga et au centre-ville. Également, aide les enfants en milieu défavorisé est une cause qui me tient à coeur. D’ailleurs, durant toute la durée de la levée de fonds de la Fondation du Docteur Julien, nous leur avons versé tous nos pourboires du mois.

  • Quels seraient tes meilleurs conseils pour quelqu’un qui débute sa transition vers le végétalisme et le véganisme?

Je dirais d’y aller progressivement. Moi, j’ai fait la transition du jour au lendemain, mais ce n’est pas quelque chose que je conseille, honnêtement! Prendre le temps de s’informer à savoir où trouver tous les nutriments nécessaires dans les végétaux devrait être la première chose à faire. Ensuite, commencer par remplacer les choses les plus simples, comme le lait de vache par du lait d’amande ou de soya, et ainsi de suite. Commencer par un repas par jour, comme le déjeuner, est une bonne manière d’intégrer tranquillement le végétalisme dans ses habitudes de vie. Par après, intégrer le dîner puis se donner quelques soirs de semaine pour faire un souper entièrement végétalien. Il ne faut surtout pas avoir peur d’essayer des recettes et, surtout, se donner une chance d’en échouer certaines. Comme toutes choses, c’est la pratique qui permet de parfaire. C’est comme apprendre une nouvelle langue. Des fois, on fait des erreurs d’accord et de conjugaison, mais à force de se pratiquer, ça devient une deuxième nature. Enfin, acheter des livres de cuisine et regarder des documentaires sur le sujet est un excellent moyen d’en apprendre davantage sur le mode de vie végane.

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